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FRONTERAS de Mikel Rueda : Un film humain, délicat et bienveillant

  • 30 août 2016
  • 5 min de lecture

Fronteras est un film qui nait de sentiments et d’émotions qui se trouvent au plus profond de moi. Ce n’est pas forcément un film autobiographique, je cherche juste à illustrer des vécus et les sentiments qui les accompagnent. Rafa et Ibra, les deux personnages principaux sont tous les deux une partie de moi : ils ont d’énormes pressions, sociales et personnelles, auxquelles ils doivent faire face malgré leur jeune âge. Tous ces traits, sentiments et sensations que les jeunes éprouvent, je les aie vécus quand j’étais adolescent. J’aurais aimé, étant ado, avoir des films ou des référents positifs de ce qu’était l’homosexualité. Les clichés négatifs qui s’illustraient ne me correspondaient pas du tout, je ne me sentais pas identifié à tout cela. Avec Fronteras justement je cherche à montrer une autre image à ce sujet, pour que les gens, plus précisément les jeunes, puissent voir qu’il y a beaucoup de façons d’être, de se ressentir et de vivre. Si ces jeunes ne se sentent pas identifiés avec ce que les clichés et le standard imposent, c’est normal car tout ceci est bien loin de la réalité de tout adolescent...


C’est ainsi que le réalisateur de Fronteras –titre original : A Escondidas- présenta son film lors de notre interview. Après l’avant-première jeudi dernier au Gaumont Opéra Premier à Paris, suivie d'une intervention des acteurs et du réalisateur bien chargée en émotions -voire même en sanglots, pour le cinéaste- et une salle pleine à craquer, nous avons eu l’opportunité de pouvoir parler avec le réalisateur Mikel Rueda et les acteurs, German Alcarazu et Adil Koukouh, qui interprètent respectivement le rôle de Rafa et de Ibra.


Fronteras retrace l’histoire d’un jeune espagnol et d’un jeune immigré qui se connaissent à un moment de leur vie qui est sans dessus-dessous. Le jeune espagnol, Rafa, doit faire face à une pression de groupe qui le pousse à agir d’une façon qui ne lui correspond pas du tout. Ibra pour sa part, débarque dans un pays où sont statut d’immigré est beaucoup trop lourd à porter, et entre centre d’accueil et vie clandestine, il ne sait pas comment s’en sortir. C’est alors que les deux jeunes se rencontrent et construisent une histoire d’amitié, amour et fraternité qui va permettre à chacun d’entre eux de se retrouver.

L’adolescence est certainement une période de la vie ou les jeunes sont perdus et tentent de trouver leur identité : Un sentiment de chute libre et de non contrôle est éprouvé par les deux jeunes et ceci est particulièrement illustré dans le film.

Le montage de mon film a pour but de perdre, de confondre le spectateur, comme les deux adolescents le sont dans leur vie. Des sauts en avant et arrière qui ne permettent pas de suivre une histoire linéaire. Cette linéarité va se retrouver au moment où les deux jeunes vont réellement se connaitre. Ils vont comprendre le pourquoi de certaines choses, de leurs actions, de leurs sentiments… Cette histoire se construit pièce par pièce comme un puzzle. Comme nos vies. Au début il n’y a aucun sens puis finalement on retrouve les éléments qui nous permettent de compléter notre histoire.

L’esthétisme du film –fortement inspiré du film ELEPHANT de Gus Van Sant et de KIDS de Larry Clark- se lie parfaitement avec cette histoire engagée. Le réalisateur a travaillé durant quatre ans dans un centre de mineurs immigrés, où il a appris à connaitre l’histoire de chacun d’entre eux :

C’est de là aussi que nait Fronteras, raconter l’histoire de Ibra c’est raconter l’histoire de plein de jeunes immigrés en difficultés et en risque d’exclusion. J’ai voulu faire le lien entre deux thématiques qui aux yeux des spectateurs peuvent paraitre totalement différentes, mais je considère que l’homosexualité et l’immigration ne sont pas forcément deux sujets totalement hétérogènes. Je considère même que socialement ils sont très proches. L’Espagne, du moins une grande partie de sa société, n’est pas aussi ouverte d’esprit que l’on pourrait croire. Certes le mariage pour tous existe depuis un moment mais il y a encore beaucoup à faire. Beaucoup trop même… Au sujet de l’immigration c’est au même niveau, on dit que l’on accepte les étrangers, mais jusqu’à quel point ? Les homosexuels et les étrangers sont protégés légalement, mais socialement ils ne sont pas à l’abris de violence non seulement physique mais aussi psychologique et symbolique. Fronteras cherche aussi à dénoncer cette attitude démagogue qui « accepte les autres » mais qui leur demande en même temps de ne pas faire trop de bruit.

Pour moi la réalisation, et surtout trouver un financement, a été un travail très long et difficile. Trouver du financement pour un film qui aborde ce genre de thématiques, notamment avec des jeunes, dans un pays où la culture est devenue la dernière des priorités, est quasi impossible.

L’histoire du film ne tiendrait pas sans l’interprétation des comédiens. Les personnages de Rafa et Ibra vivent grâce à German Alcarazu et Adil Koukouh. Jusqu’à leur interprétation dans Fronteras on ne pouvait pas les considérer comme des professionnels, et c’est justement ça qui a probablement donné l’essence du film : la véracité des sentiments.


Lors de notre rencontre avec les jeunes comédiens, autant Adil que German ont insisté sur ce fait, leurs sentiments étaient réels :


Etre dans la peau d’un jeune qui souffre tellement est très difficile –répondit German- les fou-rires et les larmes étaient vraies. Arriver à vivre certaines, choses qui nous ne touchent peut-être pas directement mais que l’on a conscience de leur existence, m’ont ouvert les yeux par rapport à beaucoup de problèmes de notre société. Dire à quelqu’un qu’on le comprend est faux tant que l’on n’a pas vécu la même chose. Je trouve qu'à travers mon personnage j’ai vécu, donc maintenant je peux comprendre...

Pour la part de Adil, le vécu de ce film est semblable mais aussi différent :

Je tenais vraiment à interpréter un personnage comme Ibra pour m’engager et défendre certaines valeurs ainsi que dénoncer certaines situations. Je suis d’origine marocaine, et au-delà du personnage de Ibra moi aussi j’ai vécu des situations semblables. Le racisme présent dans notre société je l’ai subi avant d’être acteur et je le vis toujours aujourd’hui. Le fait d’entrer dans une boutique et être suivi par le vigile est fou. Aujourd’hui j’en rigole mais je trouve cela quand même lamentable. C’est pour cela que je tenais à être Ibra pour montrer aux gens qu’il y a une histoire derrière chaque personne. Quant à mon personnage homosexuel, je ne savais pas jusqu’à quel point les gens pouvaient souffrir socialement à cause de leur orientation sexuelle. Aujourd’hui je m’en rends compte.

Un film humain, délicat et bienveillant, qui a pour but d’enseigner et d’ouvrir les yeux d’une société qui trop souvent fait preuve de son ignorance.



Découvrez Fronteras en salles dès le 31 aout. Vous ne serez pas déçus c’est le Minimum Garanti !

DCM pour Minimum Garanti

Découvrez la bande annonce :


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