Viens ! : Une expérience immersive avec la réalité virtuelle
- 15 mai 2016
- 2 min de lecture

Viens! t'invite à regarder, toucher, caresser, lécher avec les yeux. Viens! te pénètre et te capture à 360 degrés.
Ce court-métrage expérimental en réalité virtuelle de Michel Reilhac projette le spectateur dans un espace immatériel où il est invité à observer une intimité onirique. Tout commence avec un jeu de cache-cache, des corps apparaissent derrière des bâches en plastique qui se froissent avec légèreté. Tu te retrouves dans un huis clos, dans un espace blanc, sphérique et sans repère si ce n'est la lumière incisive qui transperce la verrière lorsque tu regardes au plafond. Tu fais un tour sur toi-même pour t'apercevoir que les corps t'encerclent et se rapprochent. Cerné et enfermé dans cet espace tu n'as d'autres choix que d'observer le désir et le plaisir qui s'offrent à toi. Les peaux se caressent et s'entremêlent, ce sont des hommes et des femmes avec des femmes et des hommes. Ici, la sexualité n'a plus de genre et il n'est question que de volupté. Comme une conscience qui s'ancre dans un rêve délicieux, tu es non seulement invité à regarder mais aussi à participer car ces êtres te sourient avec un regard familier. Le spectateur devient alors acteur et complice d'une intimité sans pudeur. Comme ces personnages, il se libère et fait corps avec les autres.

Puis cette idylle s'interrompt, les corps se multiplient pour former une vue kaléidoscopique en mouvement qui t'enveloppe, pas d'échappatoire il faut se réveiller. Ton champ de vision se réduit à une mosaïque de chair et même l’ouïe se noie dans un fond sonore enivrant. La nausée et la perte de toute notion de l'espace t'envahissent. Est-ce que cela tourne au cauchemar? Ce trouble visuel et auditif pourrait également évoquer le paroxysme du plaisir. Ne t'est-il jamais arrivé d'être happé par un trou noir qui trompe la vision et qui défie le temps et l'espace lorsque le plaisir te pénètre et saisit tous les nerfs de ton corps?
La vue kaléidoscopique s'estompe et tu retrouves les regards bienveillants de tes semblables. Les corps se troublent et s'effacent progressivement sous la bâche en plastique, tu ôtes lunettes et casque pour te réancrer dans le monde tangible, dans l'espace d'exposition.

Avec ce premier court métrage présenté au festival de Sundance 2016 dans la section New Frontier, Michel Reilhac explore les possibilités de la réalité virtuelle qui ouvre les voies sur des expériences inédites et personnelles en faisant écho avec les codes du cinéma. Toutefois, la réalité virtuelle brise la frontière entre le spectateur et le film, qui ne se retrouve plus encastré dans un écran mais contamine le champs de vision dans sa totalité. Ainsi, le spectateur traverse l'oeuvre de manière sensorielle. Les affects visuels et auditifs doublés par l'imagination redéfinissent la réception émotionnelle et esthétique de l'oeuvre malgré l'immatérialité du contenu de celle-ci. L'espace de représentation virtuelle donne lieu à de nouveaux territoires à explorer aujourd'hui et demain.
Jee-Hyun Park pour Minimum Garanti



























































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