Les Mains Libres de Man Ray et Paul Eluard (1937)
- 22 févr. 2016
- 3 min de lecture

Les Mains Libres est un recueil surréaliste*, composé des dessins de Man Ray illustrés par les poèmes de Paul Eluard, publié pour la première fois en 1937. A première vue ce recueil semble bien hétéroclite dans sa structure générale.
En effet, le surréalisme permet de voir le monde autrement, en ce sens il veut accéder à une « surréalité » notamment celle que l'on peut retrouver dans les rêves ou le hasard objectif (par l'écriture automatique*). Ce recueil représente une libération des normes autant esthétiques que morales, il bouleverse l'ordre établi et invite à une ouverture du regard. La femme est au cœur de l'expérience surréaliste : elle y est muse, guide, et désir ; des expériences permettant donc de s'ouvrir au monde. On retrouve tout au long de l'ouvrage un état d'esprit collectif qui se base sur la rencontre et l'amitié.
Le but de cette expérience surréaliste est aussi de créer le « choc » face aux images et aux idées convenues. Les surréalistes veulent surprendre et proposent donc des associations d'images qui ne semblent – à première vue – pas accordées. Par exemple la comparaison : « La Terre est bleue comme une orange. » (La Terre est bleue – Paul Eluard)
Les Mains Libres est un recueil représentatif du mouvement surréaliste. Pour André Breton, ce mouvement est un « automatisme psychique pur, par lequel on se propose d'exprimer le fonctionnement réel de la pensée. » C'est une dictée de la pensée réalisée sans contrôle de la raison et sans préoccupations morales ou esthétiques. Et c'est en effet, ce que l'on retrouve dans l’œuvre de Man Ray et de Paul Eluard. Les poèmes ont été écrit dans le but d'illustrer les dessins, concept déjà inhabituel.
Dans le dessin correspondant au poème « La Brosse à cheveux » on voit une main féminine tenir un pinceau cachant le visage d'une silhouette en arrière-plan. Les mots d'Eluard ne semblent pas non plus donner d'indices au lecteur sur le lien entre les deux, mais il est - selon moi - de son devoir de se détacher du sens habituel et des œuvres qu'il a pu croiser auparavant. Il est question ici de rattacher et de montrer le rapport entre le surréalisme et l'ouvrage mais il est cependant nécessaire de se détacher des œuvres classiques lorsque l'on se confronte à ce mouvement culturel et artistique du XXème siècle ; son but premier était bel et bien d'ouvrir le regard.

On y trouve aussi une dimension « révolutionnaire », une partie est dédié à des figures comme celles de Sade ou encore Breton, ayant à l'époque, invité à un renversement des points de vue.

La femme a une place prépondérante, on l'aperçoit sous toutes ses formes, on trouve chacun de ses membres que ce soit dans « Le Don », « La Liberté », ou encore « Solitaire ». On quitte le connu, l'image que l'on a pu autrefois rattacher à un mot. Dans « La Couture », Man Ray représente le corps d'une femme et une paire de ciseau coupant sa robe. L'image a l'air renversée, tandis qu'Eluard parle de « mots faits de chiffres ».

Le recueil est très fortement marqué par l'idée de liberté autant celle des deux artistes qui se sont inspirés l'un l'autre, que celle du lecteur qui est invité à participer au projet, offert tel un cadeau : « Le remède miracle accord cadeau confiance. » (Des Nuages dans les mains – Eluard). La liberté suppose de se libérer de quelque chose, il ne peut y avoir de liberté sans cadre et de désir sans obstacle. Nous sommes invités à nous libérer des schémas classiques de l'interprétation rationnelle. Il faut tisser des liens et entrer en dialogue avec les artistes.


* C'est à Guillaume Apollinaire que l'on doit l'adjectif « surréaliste » employé pour la première fois en 1917 pour désigner son drame Les mamelles de Tirésias. Terme reprit par André Breton quelques années plus tard. L'objectif premier des surréalistes était de créer un effet de surprise pour permettre la libération de l'image. Le surréalisme invitait en fait à vivre autrement. De nombreuses techniques étaient mises en place afin de permettre cet accès à la surréalité ; l'écriture automatique en fait notamment partie.
* Cela consiste à rédiger un texte dicté par le subconscient, l'auteur n'a pas le choix du sujet, des mots et de leur ordre dans la phrase. C'est une fois que le texte est écrit qu'il faut lui trouver un sens, André Breton a proposé sa méthode de la technique :
« On vide son esprit,
On laisse jaillir les mots spontanément,
On laisse parler le langage, s'opérer une sorte de dictée de l'inconscient,
On transcrit strictement ce qui apparaît dans la conscience claire »
Charlène F pour Minimum Garanti
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