PHOTOGRAMMES de Laurent Petitcolas : Du cinéma à la pellicule
- 28 mai 2016
- 6 min de lecture

Il y a quelque temps nous -l’équipe MG- avons eu l’occasion d’assister au vernissage de l’exposition PHOTOGRAMMES de Laurent Petitcolas. C’est alors que nous avons découvert une passion, une finesse, une conception renouvelée du cinéma, un artiste hors-série. Découvrez avec nous son exposition et l’univers de Laurent.

Originaire de Nancy, à paris depuis 10 ans. Il vient à la capitale pour faire le métier d’opérateur projectionniste, c’est là qu'il il va vraiment découvrir la pellicule de cinéma. C’est à partir de ce moment-là qu’il commence à conserver des images trouvées dans des chutes, dans des corbeilles et d’autres endroits peu probables. Cet artiste se démarque par son fort intérêt esthétique pour l’image : il a conservé des images dans des boites pendant des années sans objectif particulier. C’est sa première démarche artistique : avoir de la matière et accumuler un maximum.
Son déclenchement artistique s'effectue au cours d’une reprise d’études en 2007, avec une Licence cinéma à Paris VIII. En troisième année, il choisit une spécialisation en photographie, avec des cours pratiques et théoriques. Des thèmes libres étaient alors proposés et c’est à partir de là, qu’il commence à expérimenter en projetant des images de cinéma sur le corps, ce sont ses premières recherches esthétiques.

Epanoui dans son métier, il veut à aller au delà, et cherche à posséder une vaste culture cinématographique pour ainsi découvrir les secrets du septième art. Laurent est ainsi poussé vers une forte réflexion sur l’esthétisme, le cadre, etc.
Les études enfin achevées, il continue à travailler ses sujets à partir de l’image cinématographique : il commence à expérimenter pour soi, en travaillant seul, en se testant pendant plusieurs années.
Au fur et à mesure il montre ses créations à des proches et anciens professeurs de photographie et c’est là qu’on lui dit que son travail est vraiment bien -avec un univers et « un quelque chose » de régulier par rapport à lui. Encouragé à poursuivre dans ce processus de création artistique, il va s’épanouir et continuer à construire son projet. L’idée qui va bouleverser son support de création, est d’arrêter – en partie – de travailler sur la projection et commencer – surtout – à travailler sur l’image elle-même. Il va alors se situer en tant que plasticien et non plus en tant que photographe. C’est là qu'il commence à travailler directement sur la pellicule et d’où l’exposition que nous avons pu voir dans la galerie JB Claudot.

Un cheminement de 5 ans, c’est la période montrée dans l’exposition qui va de 2012 à 2015. L’artiste cherche à couvrir ce panel, c’est sa période charnière. C’est là qu'il a vraiment commencé son travail de plasticien, jusqu’à aujourd’hui où il continue encore son travail -mais avec une autre réflexion- sur l’image : De nouvelles interrogations et possibles évolutions vont alors voir le jour.
Consacré à plus de 100% - oui, cela est possible- lors de son exposition, il a voulu faire part de son travail aussi dans l’installation de l’expo. Il est allé au-delà de la création de ses œuvres, il a constitué une scénographie, des codes de l’espace, une mise en abime de ses œuvres… Qui vont – nous spectateurs - nous immerger dans un monde de lumières, couleurs et passion.

Pourquoi PHOTOGRAMMES ?
Le titre, est issu de l’image de base cinématographique, donc de l’image, et c’est aussi une forme d’hommage, car PHOTOGRAMMES reprend aussi tout un courant artistique du surréalisme avec Man Ray jusqu’à aujourd’hui, moi qui l’utilise pour mon travail. C’est donc pour ouvrir son travail dans un courant et champ artistique. Au fur et à mesure de mes années de projectionniste, je montais les films toutes les semaines avec un quota de films à monter. Les images abimées, les images que l’on était obligés de jeter par leurs défauts : scotch, égratignures, etc. On était obligés de les couper, malheureusement, et au lieu de le jeter, j’ai commencé à les conserver. Ce sont des vraies images de film.

Son autre enquête était la recherche sur les arts plastiques de la pellicule, qui se trouvent sur tout ce que l’on ne voit pas au cinéma en tant que spectateur. Techniquement c’est tout ce que l’on retrouve sur les bandes amorces, ce sont des parties qui protègent les vraies images de cinéma et aussi de donner des indications techniques au projectionniste (numéro de bobine, titre du film, version, année, etc.). Cette bande amorce et composée de plusieurs parties, au début il y a une grande bande blanche où l’on peut écrire à la main dessus – il y a pleins d’informations techniques dessus- et après une autre partie, qui parfois, a des défauts de chimie. Ces défauts ont intéressé Laurent, particulièrement par les couleurs « flashy », tous ces accidents de bobine on va dire, toutes ces couleurs que l’on ne retrouve pas forcément dans les images du film.

Pour les images de film que tu as mises, tu as rajouté des couleurs dessus ? Tu as fait quoi ?
Effectivement ma technique est de faire une superposition de plusieurs couches de pellicule, je prends une image classique de cinéma avec un personnage, une ambiance, un cadre et à partir de là je vais l’abimer pour laisser passer plus de lumière. Il faut tenir compte que l’image à la base est très sombre et contrastée. J’enlève donc de la matière pour laisser passer plus de lumière. Cette première partie chimique permet de créer une ouverture de possibilités sur l’ajout de matières, comme la couleur, des textes… Cette composition se fait sur l’image, c’est donc un travail très minutieux.

L’image de la pellicule, qui fait 35mm sur 19mm de haut, est vraiment minuscule ! Après l’artiste travaille sur la superposition. La conception de l’agrandissement permet au visiteur de se plonger dans une image qu’il n’a pas l’habitude de voir.
Après une très grande sélection dans plus de 50 pièces, Laurent a voulu vraiment montrer quelque chose de continu dans son évolution et qui domine dans l’exposition :
Ça été un choix où par moments je classais des thèmes sur mes pièces et c’était trop ciblé série. Et là je voulais vraiment sortir de ce côté sériel, donc j’ai vraiment pioché dans toutes les étapes de ma création.


T’as travaillé aussi avec des Polaroids ?
Ça c’est un autre travail que je fais à côté de collage sur un format Polaroid. J’utilise des vieilles photos qui ont eu des défauts de chimie. J’ouvre les Pola et j’intègre mon collage à l’intérieure. Après je peux déborder aussi sur les cadres, je m’amuse pour donner d’autres informations et l’interpréter d’une autre manière. On va dire que le Polaroid est un nouveau support d’expression.
Il est vrai que cette 2ème exposition – pour ainsi dire- fut éblouie par les caissons lumineux. Bien que les critiques et remarques furent présentes, Laurent insiste sur le fait que son travail sur Polaroid n’est pas moins pertinent, il voulait montrer que sa démarche peut exister dans diverses formes.

Que peux-tu nous dire de l’installation « cabine » de la fin de ton exposition ?
Ça par contre effectivement je voulais créer une installation pour ce projet, dans l’univers d’une cabine de projo. C’est pour ça que j’ai mélangé pas mal d’objet « cinéma » : des projecteurs de diapos, d’image fixe, sur différentes matières : des socles, des murs, des toiles de cinéma. C’est aussi tout un univers… je collectionne tous ces appareils. C’est une façon pour moi de les montrer différemment. La partie sonore est aussi très importante il y a tout un système de son de projecteurs 35mm qui tournent à l’intérieure de cette installation et vraiment ce projet est à l’intérieur d’une forme de cocon, une cabine de projection. Pour moi c’était très important de lier ceci aux sens des visiteurs. Je rentre vraiment dans une nouvelle identité, et une nouvelle conception de l’image.

PHOTOGRAMMES représente quoi pour toi ?
Pour moi je pense, c’est un aboutissement, c’est une volonté, une construction. Mes amis et les professionnels de mon entourage m’ont toujours aidé, ce qui a été très important pour moi aussi. La chance d’exposer et de faire des rencontres m’a permis de me dire bon voilà j’ai une expo, j’ai 10 mois pour la préparer, maintenant je dois vraiment démontrer tout ce que je veux avec des moyens et des espaces qui s’adaptent à mes œuvres. De cette façon je donne à mon travail le potentiel qu’il avait endormis. Pour moi c’est une révélation de l’image, je les ai quasiment découvertes en même temps que les visiteurs, je ne les avais jamais vues aussi grandes, sous le système de tirage qui laisse passer la lumière qui est très important dans ma démarche. Pour moi c’est vraiment une bouffé d’oxygène.
Artiste polyvalent, actuellement, il continu à travailler sur de nouvelles séries, dont une qu’il a préparé au mois de novembre. Parti pour être exposée en Chine, Laurent cherche à adapter ses textes, son dialogue et sa démarche pour qu’elle soit comprise : Je dois m’impliquer différemment.

Et sur Paris tu nous prépares quoi ? Nouveaux projets en tête ?
Sur Paris je n’ai pas encore de dates précises mais ça va vite venir. Ce qui est sûr est que je vais m’approprier de mon prochain lieu d’exposition pour faire vivre mes pièces. Je veux que l’immersion soit complète. Oui d’ailleurs j’aimerai travailler sur des bandes de son, l’idée m’est venue lors de la conception de mes images. Je cherche à faire encore un plus sur mon expo, l’idée de l’image est là, elles m’appartiennent, mais le côté immersif peut être encore plus développé avec une bande sonore diffusée dans l’espace.
Nous avons hâte de découvrir ses nouveaux projets et d’être témoins de la carrière de Laurent Petitcolas, artiste prometteur.

DCM pour Minimum Garanti
Découvrez le portrait du plasticien Laurent Petitcolas lors de son exposition PHOTOGRAMMES :



























































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